1° - QUELLES SONT LES UVRES PROTEGEES PAR LE DROIT D'AUTEUR ?
- Quels sont les différents types duvres protégées ?
- Comment apprécie-t-on le critère doriginalité ?
- Quest-ce quune uvre audiovisuelle ?
- Quest-ce quune base de données ?
- Quel est le régime juridique du logiciel ?
2° - QUELS SONT LES ATTRIBUTS DU DROIT D'AUTEUR ?
- Quel est le contenu du droit moral de lauteur ?
- Quel est le contenu des droits dexploitation de lauteur ?
- Lauteur peut-il « céder » tous ses droits?
3° - QUELS SONT LES DIFFERENTS CONTRATS DU DROIT D'AUTEUR ?
- Quels principes sappliquent à tous les contrats ?
- Quest-ce quun contrat dédition ?
- Quest-ce quun contrat dadaptation ?
- Quest-ce quun contrat de production audiovisuelle ?
4° - QUELS SONT LES PRINCIPES EN MATIERE DE CREATION COLLECTIVE ?
- Quest-ce quune uvre de collaboration ?
- Quest-ce quune uvre composite ?
- Quest-ce quune uvre collective ?
- Quest-ce quun producteur ?
5° - QUELS SONT LES PRINCIPES EN MATIERE DE CREATION SALARIEE ?
- Le salarié a-t-il des droits sur luvre quil crée dans le cadre de lexécution de son contrat de travail ?
- Lemployeur peut-il inclure dans le contrat de travail de ses salariés une clause générale de « cession » des uvres futures ?
- Le fonctionnaire a-t-il des droits sur luvre quil crée dans le cadre de sa mission de service public ?
- Le chercheur a-t-il des droits sur ses créations ?
- Quest-ce quune « exception » en droit d'auteur ?
- Quel article du code de la propriété intellectuelle prévoit ces exceptions ?
- Quest-ce quune copie privée ?
- Quest-ce quune courte citation ?
- Quest-ce que le cercle de famille ?
7° - QUELS SONT LES PRINCIPES A RESPECTER CONCERNANT LA REUTILISATION DES UVRES ?
- Doit-on dans tous les cas obtenir lautorisation de lauteur ?
- Quest-ce quune uvre « tombée dans le domaine public » ?
- Quand parle-t-on de contrefaçon ?
Le droit d'auteur (on parle également
de « propriété littéraire et artistique
») est le droit exclusif accordé aux créateurs
duvres de l'esprit. Pour être protégée,
une uvre doit être originale (cest le juge,
si la question se pose, qui décide si oui ou non une
uvre est originale).
- Quels sont les différents types duvres
protégées ?
La loi énumère certaines catégories duvres, mais la liste nest pas exhaustive (est protégée toute production originale, « quel quen soit le genre, la forme dexpression, le mérite ou la destination »). On trouve parmi ces uvres les écrits en tout genre, les « uvres orales » comme les conférences, , les uvres musicales, les uvres audiovisuelles, les uvres de dessin, peinture, sculpture, Le code de la propriété intellectuelle fixe une longue liste. Il ne faut pas oublier, car désormais protégés par le droit d'auteur, les logiciels et les bases de données.
- Comment apprécie-t-on le critère doriginalité ?
Cest le juge qui va déterminer
si une uvre est ou non protégée par le droit
d'auteur (donc en réalité déterminer si
elle est originale). Est originale selon la jurisprudence luvre
qui porte la « personnalité » de lauteur
(on doit retrouver « lempreinte de la personnalité
» de lauteur dans son uvre). Il sagit
dun critère délicat à appréhender
(il peut apparaître au premier abord fort subjectif),
à combiner avec un second principe : sont protégées
toutes les uvres de l'esprit, « quels quen
soient le genre, la forme dexpression, le mérite
ou la destination ». C'est à dire notamment quun
tribunal ne va pas prendre position en jaugeant le mérite
de lauteur (par exemple, en sarrêtant sur
laspect esthétique de luvre). Sur ce
dernier point, bien au contraire, et selon la théorie
de « lunité de lart », une uvre
dart appliqué (une poignée de porte, la
carrosserie dune voiture,
) peut donner prise à
un droit de propriété littéraire et artistique
(si des critères dordre technique ne sont pas les
seuls en cause pour sa création). En conclusion, lon
peut dire que le droit d'auteur est largement ouvert à
tout type duvre, et le juge écarte finalement
que très peu de « créations » (uniquement
celles qui sont de la plus grande banalité).
- Quest-ce quune uvre audiovisuelle ?
La loi, pour définir les uvres audiovisuelles,
parle de « séquences animées dimages,
sonorisées ou non ». La définition est donc
des plus larges. Ce type de création est souvent le fruit
dun travail collectif. Cest pour cette raison que,
si cest vraiment le cas, plusieurs personnes vont bénéficier
de la qualité dauteur : le code (mais la liste
nest pas exhaustive) cite lauteur du scénario,
lauteur de ladaptation, lauteur du texte parlé,
lauteur de la musique créée pour luvre,
et le réalisateur. Luvre audiovisuelle est
donc une uvre de collaboration, mais bénéficie
dun régime particulier. Par exemple, le producteur
détient de façon automatique les droits dexploitation
sur lensemble de luvre (sans devoir passer
au préalable par un contrat comme cest pourtant
la règle).
- Quest-ce quune base de
données ?
La base de données est définie,
de façon dailleurs très large (on pense
en premier lieu aux « bases de données informatiques
», mais ce ne sont pas les seules visées par la
loi), par le code de la propriété intellectuelle
: « on entend par base de données un recueil duvres,
de données ou dautres éléments indépendants,
disposés de manière systématique ou méthodique,
et individuellement accessibles par des moyens électroniques
ou par tout autre moyen ». Cette création est donc,
suite à la transposition dune directive européenne,
protégée par le droit d'auteur français.
La protection en question est reconnue au producteur : on lui
accorde notamment le droit dinterdire lextraction
et la réutilisation dune partie ou de la totalité
de la base de données quil a créé.
Il peut bien entendu « céder » ces droits.
- Quel est le régime juridique
du logiciel ?
Le code de la propriété intellectuelle
ne donne aucune définition particulière du logiciel.
Depuis une loi du 10 mai 1994, il mentionne juste « les
logiciels, y compris le matériel de conception préparatoire
» parmi la liste (non exhaustive) des uvres de lesprit
soumises à protection.Le régime juridique du logiciel
est dérogatoire du droit commun à plusieurs titres
:
- le code précise ainsi le contenu des droits d'exploitation
sur le logiciel : ces droits comprennent le droit deffectuer
et dautoriser la reproduction permanente ou provisoire
dun logiciel en tout ou partie par tout moyen et sous
toute forme, sa traduction, son arrangement,
et sa mise
sur le marché, y compris la location. Lautorisation
de lauteur pour ces actes est requise, sauf lorsquils
sont « nécessaires pour permettre lutilisation
du logiciel » (par exemple, une copie de sauvegarde).
- même la copie privée est interdite en ce qui
concerne le logiciel, contrairement aux autres types duvres.
Seule donc la copie de sauvegarde est ici autorisée.
- enfin, le code prévoit que lemployeur, contrairement
aux principes de la création salariée, reçoit
dès sa création les droits d'exploitation sur
le logiciel (pas besoin donc de conclure une convention spéciale
sur ce point).
Le droit d'auteur se compose dattributs dordre moral et dattributs dordre patrimonial. On parle le plus souvent de droit moral et de droits d'exploitation.
- Quel est le contenu du droit moral
de lauteur ?
Le droit moral comprend :
- le droit de divulgation, c'est à dire le droit discrétionnaire
de livrer son uvre au public ou bien de la conserver «
secrète »,
- le droit à la paternité, qui est le droit à
être reconnu auteur de l'uvre, en toutes circonstances,
- le droit de retrait ou de repentir, donc le droit de retirer
l'uvre du marché,
- le droit au respect de l'uvre, qui peut être défini
comme le droit autorisant l'auteur à intervenir lorsqu'une
atteinte, physique ou morale, est portée à son
uvre.
Lauteur ne peut en aucun cas céder son droit moral
(on dit qu'il est « hors commerce » ou bien encore
« inaliénable »).
Le droit moral est perpétuel : les héritiers de
lauteur vont récupérer ses prérogatives
dordre moral à sa mort.
- Quel est le contenu des droits dexploitation
de lauteur ?
Les droits d'exploitation (on parle parfois
de monopole dexploitation) sont principalement :
- le droit de reproduction. Selon le code de la propriété
intellectuelle, « la reproduction consiste dans la fixation
matérielle de l'uvre par tous procédés
qui permettent de la communiquer au public d'une manière
indirecte » (par exemple, lédition).
- le droit de représentation (on parle également
de « communication au public »). Selon le code de
la propriété intellectuelle, « la représentation
consiste dans la communication de l'uvre au public par
un procédé quelconque » (par exemple, la
« télédiffusion »).
Ces droits sont « cessibles », contrairement au
droit moral, par un contrat encadré de façon stricte
par la loi.
Les droits d'exploitation ne sont pas perpétuels : ils
cessent, sauf cas particulier, 70 ans (pour toutes les uvres)
après la mort de lauteur. On dit que, par la suite,
luvre tombe dans le domaine public.
- Lauteur peut-il « céder
» tous ses droits?
Non. On a vu que les attributs du droit
moral étaient incessibles. A la mort de lauteur,
ils sont même transmis à ses héritiers,
de façon à assurer la protection de luvre
(par exemple, le respect de son intégrité, ou
de son origine).
Les attributs dordre patrimonial sont eux « cessibles
». Mais, faute de précision dans le contrat, ils
ne sont pas tous « cédés ». Notamment,
lauteur a un droit dadaptation et de traduction.
Il faudra que le contrat prévoit cette « cession
» pour que lexploitant puisse ladapter (cest
le cas par exemple du roman qui devient le scénario dun
film) ou même le faire traduire. De la même façon,
lauteur a un droit de destination sur ses uvres,
c'est à dire quil doit accepter, dans le contrat,
les utilisations futures de son uvre (par exemple, lutilisation
décrits pour la recherche en informatique). Si
le contrat ne le prévoit pas, lauteur pourra sy
opposer.
- Quels principes sappliquent à tous les contrats ?
L « article-référence
» du code de la propriété intellectuelle,
en ce qui concerne les contrats, est larticle L.131-3.
Cet article, qui pose les grands principes applicables à
tous les contrats en droit d'auteur, prévoit notamment
que : « la transmission des droits de l'auteur est subordonnée
à la condition que chacun des droits cédés
fasse l'objet d'une mention distincte dans l'acte de cession
et que le domaine d'exploitation des droits cédés
soit délimité quant à son étendue
et à sa destination, quant au lieu et quant à
la durée ».
En résumé donc, tout contrat doit mentionner :
les droits cédés, de façon précise
(parmi bien entendu ceux qui peuvent lêtre), ainsi
que létendue (exemple : le support, le nombre dexemplaires,
),
la destination (pour quel usage les droits sont « cédés
» ?), le lieu (sur quel territoire luvre sera
exploitée ?) et la durée (en général
une période courte, éventuellement reconductible)
de la « cession ».
- Quest-ce quun contrat dédition
?
Le code de la propriété intellectuelle précise que le contrat dédition est le contrat par lequel « l'auteur d'une uvre de l'esprit ou ses ayants droit cèdent à des conditions déterminées à une personne appelée éditeur le droit de fabriquer ou de faire fabriquer en nombre des exemplaires de l'uvre, à charge pour elle d'en assurer la publication et la diffusion ». Ce contrat est très réglementé par la loi. Notamment, il doit obéir aux exigences présentées précédemment. Il fait naître des obligations à la charge des deux parties (par exemple, lauteur sengage à livrer son uvre, et léditeur, à lexploiter).
- Quest-ce quun contrat dadaptation
?
Il sagit principalement, mais pas
uniquement, du contrat organisant la création dune
uvre composite, donc dune uvre seconde crée
à partir dune ou plusieurs uvre(s) première(s)
(par exemple, il sagit de la « mise sur écran
télé » dun roman). Par ce contrat,
lauteur de luvre seconde va formaliser lautorisation
(indispensable) de lauteur de luvre première
(dans notre exemple, lauteur du roman), et ses conditions
(notamment concernant une éventuelle rémunération).
- Quest-ce quun contrat de
production audiovisuelle ?
Nous avons déjà défini ce quest une « uvre audiovisuelle ». Le contrat de production audiovisuelle va organiser le processus (du début à la fin) de création de telles uvres. Il doit bien évidemment obéir au droit commun des contrats (théorie générale et droit d'auteur), mais connaît également quelques règles spécifiques (par exemple, lexercice du droit moral des auteurs de luvre est en principe suspendus jusquà son entière réalisation).
- Quest-ce quune uvre de collaboration
?
Le code de la propriété intellectuelle
précise que luvre de collaboration est «
l'uvre à la création de laquelle ont concouru
plusieurs personnes physiques ». La règle principale
concernant ces uvres de collaboration est des plus simples
: le code instaure une véritable « copropriété
», c'est à dire que tous les participants à
la création de luvre se voient reconnaître
la qualité dauteur, et lexercice des droits
d'exploitation notamment se ferra en commun. Cest ce quaffirme
un article du code de la propriété intellectuelle
: « l'uvre de collaboration est la propriété
commune des coauteurs. Les coauteurs doivent exercer leurs droits
d'un commun accord ».
- Quest-ce quune uvre
composite ?
Luvre composite est «
l'uvre nouvelle à laquelle est incorporée
une uvre préexistante sans la collaboration de
l'auteur de cette dernière ». Exemple duvre
composite : un recueil de photographies (qui ont une origine
diverse). Pour divulguer et donc « commercialiser »
une telle uvre, il faut préalablement obtenir laccord
de lauteur ou des auteurs des uvres préexistantes
(et éventuellement leur accorder une rémunération
sil(s) lexige(nt) ).
- Quest-ce quune uvre collective ?
Luvre collective est «
l'uvre créée sur l'initiative d'une personne
physique ou morale qui l'édite, la publie et la divulgue
sous sa direction et son nom et dans laquelle la contribution
personnelle des divers auteurs participant à son élaboration
se fond dans l'ensemble en vue duquel elle est conçue,
sans qu'il soit possible d'attribuer à chacun d'eux un
droit distinct sur l'ensemble réalisé ».
La règle principale concernant le régime de ces
uvres est lopposée de celle gouvernant les
uvres de collaboration : « l'uvre collective
est, sauf preuve contraire, la propriété de la
personne physique ou morale sous le nom de laquelle elle est
divulguée. Cette personne est investie des droits de
l'auteur ». Cest de ce fait la personne qui a pris
linitiative de la création et assuré la
direction du processus délaboration qui est titulaire
des droits sur lensemble (exemple : un journal). Les véritables
auteurs sont donc dépourvus des droits sur lensemble,
mais si leurs apports sont « identifiables » (cest
le cas des articles de presse par exemple), ils bénéficieront
des droits, droit moral et droits d'exploitation, sur cette
contribution. Il y a donc de ce fait une « juxtaposition
» de droits.
- Quest-ce quun producteur
?
Selon la définition de luvre collective (qui sapplique à toutes les uvres, mais plus spécialement aux domaines du journalisme, des encyclopédies, de linformatique aujourd'hui), le « producteur » ( au sens large, c'est à dire lemployeur, linvestisseur, ) est celui qui est à linitiative dune création et qui en dirige le processus de formation. Dans la base de données, le producteur est défini par le code comme « la personne qui prend linitiative et le risque des investissements correspondants ». Tout comme luvre collective, il bénéficie des droits d'auteur sur luvre, mais, pour cela, il existe une condition. Il obtiendra cette protection sil « atteste dun investissement financier, matériel ou humain substantiel ».
- Le salarié a-t-il des droits
sur luvre quil crée dans le cadre de
lexécution de son contrat de travail ?
En principe oui, et à titre originaire.
Larticle L. 111-1 du code de la propriété
intellectuelle précise que « l'auteur d'une uvre
de l'esprit jouit sur cette uvre, du seul fait de sa création,
d'un droit de propriété incorporelle exclusif
et opposable à tous (
). L'existence ou la conclusion
d'un contrat de louage d'ouvrage ou de service par l'auteur
d'une uvre de l'esprit n'emporte aucune dérogation
à la jouissance du droit reconnu par l'alinéa
1er ». Le contrat de travail ny change rien : le
salarié reste auteur et donc titulaire des droits (droit
moral et droits d'exploitation). En pratique, lemployeur
devra faire signer un contrat à son salarié pour
bénéficier des droits d'exploitation (droit de
reproduction et droit de représentation) sur sa création.
Seule exception : la création en matière de logiciel.
Le code de la propriété intellectuelle prévoit
dans ce cas une « cession » automatique des droits
dexploitation du salarié à lemployeur.
Ce dernier naura de ce fait pas besoin de prévoir
un acte séparé portant « cession »
des droits. Cest lunique exception en droit d'auteur
concernant la création salariée.
- Lemployeur peut-il inclure dans
le contrat de travail de ses salariés une clause générale
de « cession » des uvres futures ?
Non. Un principe important en droit d'auteur
prévoit que « la cession globale des uvres
futures est nulle ». Ce principe signifie notamment que
lemployeur ne peut faire signer de contrat (par acte séparé
ou par le biais dune clause spécifique insérée
dans le contrat de travail) à ses salariés prévoyant
par avance la « cession » des droits d'exploitation
sur les uvres quils vont créer dans le cadre
de leurs fonctions. Il faudra au cas par cas, création
après création, prévoir la « cession
» de ces droits dans un contrat.
La seule exception concerne le logiciel. Cest une exception
dorigine légale, car cest la loi elle-même
qui, dautorité, organise la « cession »
automatique des droits d'exploitation du logiciel créé
par un ou plusieurs salariés à lemployeur,
sans passer par un contrat spécifique.
- Le fonctionnaire a-t-il des droits
sur luvre quil crée dans le cadre de
sa mission de service public ?
La question est discutée. Un avis du Conseil dÉtat de 1972 accorde les droits d'auteur à ladministration pour les uvres créées par des fonctionnaires au cours de leur mission de service public. Mais, précisément, quelle est la valeur de cet avis ? De nombreux spécialistes préconisent la règle inverse. A priori donc, rien ne sopposerait à ce que le fonctionnaire puisse être investi du droit d'auteur (rappelons que dans ce cas, la « cession » des droits d'exploitation reste bien entendu possible).
- Le chercheur a-t-il des droits sur ses créations
?
En complétant la réponse précédente
concernant le fonctionnaire, nous pouvons dire que, par principe,
le chercheur, ou bien lenseignant, est titulaire des droits
d'auteur sur ses créations. Par exemple, lenseignant
a un monopole dexploitation sur ses cours. Si un étudiant
les recopie puis les publie à son insu, il sagira
ni plus ni moins de contrefaçon.
- Quest-ce quune «
exception » en droit d'auteur ?
Il est courant de dire que le code de la
propriété intellectuelle offre à lauteur
un monopole dexploitation sur les uvres quil
crée. Il sagit en réalité dune
exclusivité qui lui est reconnue : lexclusivité
de reproduire et de communiquer au public ses créations.
Certes, lauteur peut autoriser autrui à reproduire
par exemple son uvre (exemple : par le contrat dédition).
Mais cette autorisation est indispensable, sinon on parlera
de contrefaçon.
Le code de la propriété intellectuelle énumère
toutefois quelques cas (évidemment de façon limitative)
pour lesquels lautorisation de lauteur nest
cette fois pas nécessaire. Lutilisation de luvre
(sous diverses formes) est alors libre : on parle dans ce cas
dexception (sous-entendu au monopole dexploitation
de lauteur).
- Quel article du code de la propriété intellectuelle
prévoit ces exceptions ?
Larticle L.122-5 du code de la propriété
intellectuelle prévoit que « lorsque l'uvre
a été divulguée, l'auteur ne peut interdire
:
1° Les représentations privées et gratuites
effectuées exclusivement dans un cercle de famille ;
2° Les copies ou reproductions strictement réservées
à l'usage privé du copiste et non destinées
à une utilisation collective, à l'exception (
)
des copies d'un logiciel autres que la copie de sauvegarde établie
dans les conditions prévues au II de l'article L.122-6-1
ainsi que des copies ou reproductions d'une base de données
électronique ;
3° Sous réserve que soient indiqués clairement
le nom de l'auteur et la source : a) Les analyses et courtes
citations justifiées par le caractère critique,
polémique, pédagogique, scientifique ou d'information
de l'uvre à laquelle elles sont incorporées
; b) Les revues de presse ; c) La diffusion, même intégrale,
par la voie de presse ou de télédiffusion, à
titre d'information d'actualité, des discours destinés
au public prononcés dans les assemblées politiques,
administratives, judiciaires ou académiques, ainsi que
dans les réunions publiques d'ordre politique et les
cérémonies officielles ; d) (
) ;
4° La parodie, le pastiche et la caricature, compte tenu
des lois du genre ;
5° Les actes nécessaires à l'accès
au contenu d'une base de données électronique
pour les besoins et dans les limites de l'utilisation prévue
par contrat »
- Quest-ce quune copie privée
?
Il est toujours possible de reproduire une
uvre à condition que la copie soit réservée
à un « usage privé » (cest lexception
dite de « copie privée »). Par exemple, un
particulier a droit à enregistrer sur une cassette vidéo
un film diffusé à la télévision,
mais pour son usage privé (c'est à dire «
non commercial » : il ne peut pas la vendre, la louer,
).
Lusage donc ne doit pas être collectif (exemple
: une copie dune uvre destinée à être
utilisée par lensemble dune équipe
de chercheurs sort dés lors du cadre de cette exception.
Sans autorisation de lauteur, il sagira dune
contrefaçon).
- Quest-ce quune courte citation
?
Il est possible de reproduire des extraits
duvres, à certaines conditions, dans une
autre uvre : cest lexception de « courte
citation ». Cette exception est très encadrée
: pas question de reproduire toute luvre, mais de
« courts passages » (lappréciation
est souvent laissé aux bons soins du juge). Par exemple,
lenseignant qui va illustrer son cours en citant dautres
auteurs na pas besoin de leur demander une autorisation
car il ne fait jouer là que lexception de «
courte citation ». Il en serait différemment sil
reproduisait lintégralité de leurs uvres
: il y aurait dés lors contrefaçon.
- Quest-ce que le cercle de famille
?
Le cercle de famille est une « notion
qui doit sentendre de façon restrictive et concerner
les personnes parents ou amis très proches, qui sont
unies de façon habituelle par des liens familiaux ou
dintimité » selon une décision judiciaire.
Il sagit dune jurisprudence constante : la notion
est très restrictive (il ne peut pas sagir de collègues
de travail,
). Ainsi, la diffusion dune uvre
audiovisuelle dans le cadre du « cercle de famille »
est une « exception » au droit d'auteur : laccord
au(x) titulaire(s) des droits ne sera pas exigé.
- Doit-on dans tous les cas obtenir lautorisation
de lauteur ?
On peut sans doute répondre non. En effet, il faut distinguer
deux cas.
Si luvre est toujours « protégée
» (c'est à dire, en fait, soumise aux droits d'exploitation
de lauteur), alors lautorisation est indispensable.
Cette autorisation doit être demandée au titulaire
du droit dexploitation (qui nest pas forcément
lauteur : il peut sagir de son éditeur par
exemple, compétent, si un contrat en ce sens est signé,
pour les autorisations concernant les reproductions et-ou représentations
de luvre). Sans cette autorisation, luvre
reproduite est une « contrefaçon ».
Si luvre est tombée dans le domaine public,
elle peut (a priori) être utilisée sans difficulté.
Il ne faut cependant pas oublier que certains droits sont perpétuels,
et que les héritiers de lauteur vont les récupérer.
Ainsi, si une uvre est par exemple utilisée de
façon « diffamatoire », on ne sétonnera
pas que la disponibilité de son utilisation va quelque
peu sestomper. Mais ce cas peut rester particulier : le
principe, en ce qui concerne donc les uvres du domaine
public, est la libre réutilisation.
- Quest-ce quune uvre
« tombée dans le domaine public » ?
Une uvre tombée dans le domaine
public est une uvre qui nest plus soumise à
aucun droit d'exploitation. Cest le cas 70 ans après
la mort de lauteur (des délais supplémentaires
sont prévus pour couvrir les périodes de guerre).
A partir de ce moment-là, luvre en question
échappe à tout monopole, et, en principe, nimporte
qui peut la reproduire et-ou la communiquer au public librement.
Sil sagit dune uvre de collaboration
(donc une uvre qui a plusieurs créateurs : par
exemple, une uvre audiovisuelle), le délai de 70
ans court à partir de la mort du dernier auteur.
- Quand parle-t-on de contrefaçon
?
Le code de la propriété intellectuelle
précise que « toute édition d'écrits,
de composition musicale, de dessin, de peinture ou de toute
autre production imprimée ou gravée en entier
ou en partie, au mépris des lois et règlements
relatifs à la propriété des auteurs, est
une contrefaçon ; et toute contrefaçon est un
délit (
). Est également un délit
de contrefaçon toute reproduction, représentation
ou diffusion, par quelque moyen que ce soit, d'une uvre
de l'esprit en violation des droits de l'auteur, tels qu'ils
sont définis et réglementés par la loi.
Est également un délit de contrefaçon la
violation de l'un des droits de l'auteur de logiciel (
)
».
En clair, toute reproduction ou représentation dune
uvre protégée (donc qui nest pas encore
tombée dans le domaine public), sans autorisation préalable
du titulaire du droit, et si lutilisation en question
de luvre ne constitue pas une exception (exemple
: la copie privée), constitue une contrefaçon.
Un portail concernant la propriété intellectuelle :
http://www.ipppi.net/rubrique.asp?param=16&cg=dapp
Le portail du droit :
Un portail pour la recherche des législations
étrangères :