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À Jean-Claude Guédon
Consacrée à la libre diffusion dessais scientifiques, cette version 0.2 de lHyperNietzsche souvre dans un moment délicat pour lédition universitaire. Les scientifiques, après lappel pour une Public Library of Science qui na pas donné les résultats espérés, tentent de nouveau, avec la Budapest Open Access Initiative, de trouver le moyen de supprimer les obstacles restreignant laccès à la littérature scientifique pour « accélérer la recherche, enrichir lenseignement, partager le savoir des riches avec les pauvres et le savoir des pauvres avec les riches, rendre à cette littérature son potentiel dutilité, et jeter les fondements de lunification de lhumanité à travers un dialogue intellectuel, et une quête du savoir communs ».
Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? Dans plusieurs interventions et dans un article désormais célèbre disponible en ligne, In Oldenburgs Long Shadow: Librarians, Research Scientists, Publishers, and the Control of Scientific Publishing, Jean-Claude Guédon a reconstitué, de façon claire et convaincante, la dynamique et les causes de la crise dans laquelle se trouve lédition scientifique. A notre avis, tous ceux qui veulent trouver des solutions à ces problèmes doivent commencer par réfléchir sur ces pages où Jean-Claude Guédon nous incite à « create a navigable, worldwide ocean of knowledge, open to all » et à développer une « distributed intelligence civilization - a civilization open to all that are good enough (excellence), and not only to those who can afford it (elites) ».
Dans les sciences humaines, ces problèmes se posent différemment par rapport aux sciences de la nature. Ici, ce nest pas tellement la question du prix des revues ou des monographies qui constitue un motif dinquiétude (même si dans certains cas les prix sont assez élevés), mais plutôt le manque de diffusion, la lenteur de la publication et, de plus en plus souvent, limpossibilité pure et simple de publier certains types de recherches. Mais dans les deux cas, il est difficile dimaginer dautres solutions que lorganisation de nouveaux modèles de publication sur Internet. À condition que lon puisse créer un cadre juridique et institutionnel qui confère aux publications sur Internet le même prestige, la même reconnaissance intellectuelle et juridique que les publications sur papier, de sorte que, par exemple, elles puissent valoir pour lavancement des carrières des jeunes chercheurs.
LHyperNietzsche sest efforcé de créer un tel cadre en réunissant dans son comité scientifique treize des meilleurs spécialistes internationaux de Nietzsche, en définissant un système de Peer Review par lInternet et en mettant en place un système juridique qui protège les droits des auteurs tout en permettant la libre circulation des textes. Limpression à la demande viendra bientôt compléter ce dispositif.
De cette manière, en espérant que le cas de Nietzsche ne constitue que le début dune nouvelle pratique plus ouverte de la recherche, lHyperNietzsche sassocie à lesprit de cette quête dun savoir commun lancée par lappel de Budapest, et met à disposition des chercheurs en sciences humaines un modèle de validation et de diffusion du savoir sur Internet.
Outre les six essais de Mazzino Montinari disponibles dans la version 0.1, cette nouvelle version contient déjà une vingtaine dessais : de bons vieux articles difficilement accessibles et des textes tout nouveaux, écrits pour loccasion. Mais surtout, elle attend vos travaux, chers collègues et amis. Sachez que dun point de vue légal, vous avez le droit de nous envoyer tous les articles que vous avez déjà publiés sur papier, pour leur donner une seconde vie sur Internet, et, vice-versa, que si vous nous envoyez un essai inédit, vous aurez le droit ensuite, si vous le souhaitez, de le publier ailleurs. LHyperNietzsche aime la diffusion et le partage, et non pas lexclusivité.
À vos navigateurs, philosophes !
Paolo D'Iorio